
https://www.youtube.com/watch?v=lPSRXO6cTZo
Je vous conseille d’aller voir l’Odyssée de Christopher Nolan, pour sa palette d’acteurs et ses images et décors époustouflants évidemment mais également pour les questions existentielles qu’il soulève. Si vous êtes professeur de langues anciennes, il serait intéressant de le voir avec vos élèves et de faire le comparatif au niveau de la trame narrative et des questionnements qu’il pose. Pour le cours de religion, voir la totalité du film n’a pas vraiment d’intérêt parce qu’il est très long mais travailler des extraits peut être intéressant quand on aborde certains sujets en classe comme la question du rapport au temps, du devoir d’hospitalité, de la quête de soi ou encore bien évidemment, de la nature humaine.
Tout d’abord le rapport au temps, dans un monde où tout va si vite, est intéressant. De même que le rapport aux informations. Ces temps longs, ces voyages qui durent des dizaines d’années et durant lesquels personne ne sait où en sont les voyageurs… Et l’espoir bien évidemment, l’espoir du retour. Tous ces éléments travaillés en classe peuvent être source de réflexions et de questionnements sur notre manière de vivre dans nos sociétés contemporaines, sur l’anxiété générée par ce temps rapide et cette surinformation mais également celle générée chez nos élèves par l’ennui et la déconnexion.
Le devoir d’hospitalité, régulièrement invoqué dans le film, est très intéressant si vous souhaitez aborder la question de l’immigration, du rapport à l’étranger mais aussi simplement du rapport à l’autre comme étant celui que l’on ne connait pas. Ce devoir d’hospitalité se trouve décliné sous différentes formes dans le film, abordant la question de la non connaissance de l’autre et va s’avérer tant catastrophique quand l’invité en abuse que salvateur quand l’invité respecte l’hôte qui l’accueille. Toute une réflexion peut alors s’ouvrir sur la tradition d’accueil, la confiance, la bienveillance, le don mais également la méfiance vis-à-vis de celui que l’on ne connait pas et la légitimité de cette méfiance. C’est donc toute la question du rapport à l’autre et de la confiance en l’homme qui peut se travailler ici.
La quête de soi est également au centre de ce récit et de son adaptation cinématographique. En effet, l’adaptation comme le récit initial d’Homère traitent d’une quête, d’un voyage et d’épreuves à affronter pour se révéler au monde et coïncider avec soi. Pour bien gouverner, il faut bien se connaître ; pour se maîtriser, il faut se comprendre. Et pour y arriver, il faudra affronter ses manquements, ses erreurs et, peut-être, son envie de ne pas revenir (proposition de Christopher Nolan particulièrement intéressante dans les méandres des souvenirs d’Ulysse et ses échanges avec Calypso). En voyageant dans l’Odyssée, on accomplit l’adage de Delphes, « Connais-toi toi-même », sujet passionnant à aborder avec nos élèves, et à mettre en dialogue pourquoi pas, avec d’autres récits de voyages et de quêtes de soi. Sujet ici inépuisable et existentiellement intéressant pour des adolescents.
Et enfin toute la question de la nature humaine. Le passage avec Circée est visuellement très marquant par exemple pour parler de notre animalité, faisant échos aux différents comportements inhumains abordés en amont (les tueries et les pillages des hommes d’Ulysse mais aussi les prétendants qui ne respectent rien). Le film nous présente également la réflexion d’Ulysse sur ses propres actes et la destruction qu’ils ont causé : est-ce que cette guerre était juste et légitime ? Est-ce que j’ai bien agi ? Est-ce que ces morts en valaient la peine ? Se pose alors aussi la question de la sacralité de la vie à travers le déchirement que provoque chaque perte d’un membre de son équipage et la question des dilemmes moraux qui reviennent d’étapes en étapes. Qu’est-ce que la justice ou la moralité ? Comment respecter ses valeurs face à des choix impossibles ? L’être humain est-il fondamentalement bon ou mauvais ? Voilà les questions qui nous sont également posées à travers la revisite de ce récit et qui pourront être travaillées et approfondies en classe.
En conclusion, plusieurs passages peuvent être exploités pour apporter des éclairages aux questionnements existentiels travaillés dans vos cours. Je le conseille cependant plutôt en secondaire supérieur pour la complexité du récit et le visuel de certains passages qui peuvent être impressionnants pour des plus jeunes.
Bonne rentrée à tous !
Sophie Muselle